18/05/2010
Roberto Matta 1911-2002
Roberto Matta Echaurren est un peintre surréaliste chilien né en 1911 à Santiago du Chili.
Après des études secondaires au collège des jésuites de Santiago, il intègre l'école d'Architecture de l'Université Catholique du Chili et il obtient ses diplômes d'architecte en 1931.
A l'époque, le Chili, plongé dans un marasme économique et social, souffre d'une inflation chronique, de grèves incessantes et le pouvoir politique s'y exerce sous la pression des juntes militaires.
En 1932, peu après l'élection du président Arturo Alessandri, conservateur et partisan d'une politique sociale très limitée, Matta quitte le Chili et voyage en Europe.
Il se fixe en en France en 1933 et travaille dans l'atelier parisien de Le Corbusier, architecte déjà reconnu à l'époque pour les spécificités de ses réalisations.
Fin 1934, Matta se rend en Espagne et rencontre les poètes Rafaele Alberti et Federico Garcia-Lorca. Ce dernier le recommande à Salvador Dali.
Federico Garcia-Lorca
1898-1936
Le poète, dramaturge, peintre et compositeur espagnol, sera exécuté à l'âge de 38 ans par les troupes franquistes.

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László Moholy-Nagy
1895-
"Nickel Construction" 1921
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Matta fait la connaissance du peintre-poète Roland Penrose, l'un des créateurs du mouvement surréaliste en Angleterre...

Il rencontre également le peintre surréaliste belge René Magritte et le sculpteur britannique Henry Moore.

Invité par sa compatriote Gabriela Mistral (1889-1957), future prix Nobel de littérature en 1945, Matta, éternel globe-trotter, effectue un bref séjour au Portugal.
Gabriela Mistral éveille son intérêt pour la poésie du cubain José Martí et les postulats de l'écrivain humaniste mexicain José Vasconcelos sur la création des missions culturelles.
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En 1937, de retour à Paris, il participe à la réalisation du pavillon espagnol de l'Exposition Internationale des arts et techniques dans la vie moderne.
Matta y rencontre Joan Miró réalisant une décoration murale monumentale représentant un paysan catalan "El Segador" ou "Le Faucheur", œuvre engagée, symbole de la révolution espagnole et Pablo Picasso qui expose "Guernica".

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Matta réside à Paris où il côtoie son compatriote Pablo Neruda, relevé de ses fonctions consulaires en Espagne.
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Pablo Neruda 1904-1973 Prix Nobel de littérature en 1971.
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Recommandé par Dali à André Breton qui lui achète deux de ses dessins, Matta est incorporé au groupe des surréalistes.
Il écrit dans la revue "Minotaure" des articles dans lesquels il s'oppose, entre autres, aux concepts rationalistes de Le Corbusier.
Il se lie d'amitié avec le français Marcel Duchamp, peintre et plasticien visionnaire qui partage son temps entre les Etats-Unis et la France.

Matta commence véritablement à peindre en 1938, année où il participe à l'exposition internationale du Surréalisme organisée dans la galerie des Beaux-Arts de Paris.

Roberto Matta "Psychological Morphology de l'attente" 1938

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Cette exposition, organisée sur une scènographie de Marcel Duchamp, réunit plus de 60 artistes de différents pays et présente près de 300 peintures, objets, collages, photographies, .....
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Marcel Duchamp
Roue de bicyclette, 1913
Ready-Made
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Matta affine le procédé dit des "morphologies psychologiques", qu'il emploie dans ses œuvres : inspirée de la technique proche de l'écriture automatique chère aux surréalistes, la couleur, étalée sur la toile à l'aide d'un chiffon, détermine le tracé ultérieur du pinceau.




Fin 1939, par crainte de la guerre et à l'instigation de Marcel Duchamp, Matta, en compagnie de son ami, le peintre surréaliste Yves Tanguy, quitte Paris pour New York.
Parlant parfaitement l'anglais, il s'intègre rapidement au milieu artistique de Manhattan et, six mois plus tard, il expose à la galerie Julien Levy, galerie spécialisée dans le surréalisme.
17/05/2010
Roberto Matta...le succès ..
En 1940, Matta donne des conférences à la New School for Social Research et reçoit de nombreux jeunes artistes américains dans son atelier, dont Robert Motherwell et Jackson Pollock.
Il sera l'un des artistes les plus influents sur la formation de la future école de New York et du mouvement dit de "l'expressionnisme abstrait".
En 1941, Matta se rend au Mexique. Il y redécouvre avec le plus grand intérêt la culture précolombienne et ce voyage sera déterminant pour la suite de son oeuvre picturale.

En 1946, Matta revient à Paris où il participe à l'exposition surréaliste de la galerie Maeght.

En 1948, un de ses amis, Arshile Gorky, peintre surréaliste arménien établi à New York, gravement malade, se suicide.
André Breton, très mal renseigné, croit Roberto Matta responsable de ce suicide et Matta est exclu du groupe des surréalistes.
André Breton 1896-1966
Matta repart pour le Chili où il affirme ses convictions politiques et publie un article sur le "Rôle de l'artiste révolutionnaire, qui doit redécouvrir de nouvelles relations affectives entre les hommes".
Puis, la même année de 1948, il s'installe en Italie, près de Rome, à Civitavecchia, ville portuaire sur les bords de la mer Tyrrhénienne. Il y entreprend la construction d'un immense atelier.

"L'aurore" 1953
Son engagement politique influe de plus en plus sur ses œuvres et, en 1951, le procès new-yorkais des époux Ethel et Julius Rosenberg lui inspire "Les roses sont belles".

En 1958, après avoir lu le livre d'Henri Alleg sur la torture en Algérie, il peint "La Question, Djamila".

En 1959, il est réintégré au groupe des surréalistes.


Sans jamais renier ses racines surréalistes, Matta s'oriente de plus en plus vers des thèmes socio-politiques contemporains.
En 1964, en hommage au dirigeant communiste Julián Grimau, exécuté en Espagne l'année précédente, il peint "Les Puissances du désordre", immense composition de 9 mètres de long.

En 1965-66, les bombardements du Vietnam par l’armée américaine lui inspire le monumental "Burn, Baby, Burn".

huile sur toile, 298 x 981 cm.
Au même titre que "Guernica" , "Burn, Baby, Burn" , acte d'accusation de la destruction de l'humanité, est un manifeste pour la paix.


En France, il participe activement aux événements de mai 1968 et dessine des affiches pour l'atelier populaire des Beaux-Arts.

En 1970-72, invité au Chili par le Président Salvador Allende, il y travaille à la réalisation de fresques en collaboration avec la brigade murale "Ramona Parra".
L'une d'entre elles, peinte sur 24X4 mètres en 1971, "El primer gol del pueblo chileno" ou "Le premier but du peuple chilien", célébrait la victoire du président socialiste Salvador Allende. Dès la prise de pouvoir de Pinochet, cette fresque fut recouverte de 16 couches de peinture. Restaurée, elle est aujourd'hui visible à La Granja, dans la proche banlieue de Santiago.

En 1973, prenant clairement position contre le coup d'État au Chili du général Pinochet, Matta coupe tout lien avec son pays natal .

Un nouvel exil, qui, 40 ans après le premier de 1933, lui fit dire : "C'est cet exil qui a déterminé toute ma vie, entre deux cultures. Mon travail est un travail de séparation." "De l'exil, je suis passé à l'"Ex-il", quelque part entre le connu et l'inconnu, entre la réalité et l'imaginaire. Là où commence la poésie."

Matta ne cessera jamais de dénoncer les atrocités commises par la junte militaire sous les ordres du général Pinochet, il sera déchu de sa nationalité chilienne en 1974.

En 1983, une exposition rétrospective des œuvres de Matta "Une parole pour la Méditerranée" est organisée en Espagne dans les villes de Madrid, Valence et Barcelone.

"Le Vitreur, 40 ans après" 1983
Considéré comme l'un des meilleurs peintres d'avant-garde du monde, Roberto Matta a reçu de nombreux prix et distinctions au cours de sa vie.

En 1990, le Chili lui décerne le prix National de L'Art et une exposition rétrospective de ses œuvres est réalisée par le musée des Beaux-Arts de Santiago.

En 1992, il est lauréat du prix de la fondation "Prince des Asturies" et, en 1995 au Japon, du non moins prestigieux "Praemium Imperiale" attribué par la Japan Art Association.
"Je ne sais pas si j’attends qu’on se souvienne de moi, j’aspire seulement à ce que quelqu’un, quelque part dans ce monde, ressente du plaisir avec une de mes œuvres ; c’est ma seule aspiration".

En 2002, Roberto Matta décède en Italie, à San Paolo de Civitavecchia, près de Rome.
17 jours avant sa mort, lors de sa dernière apparition publique à Rome, Matta affirmait encore : "La mort n’existe pas. Ce sont les autres qui meurent. Je ne peux pas dire que je suis mort"

Ses œuvres sont régulièrement exposées à travers l'Europe, le Japon et les Etats-Unis et son travail figure aujourd'hui dans les plus importants musées du monde.
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"Les Placets de Paracelse" 1980
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Pour en savoir beaucoup plus :


