logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

11/09/2006

Incandescance

Tu rêves de lier vents et marées
Sel et soif mains et merveilles
Vois comme tout se délie
Même l’aube ardente lovée dans le soleil
Quelle parole unique veux-tu écrire
Sur ces couches d’écorces vives
Arrachées une à une à l’arbre de ta vie
Pour les livrer au vent irrévocable


Pareille à une flotte en perdition
Coulant dans une mer de noirceur
Ta voix ne prend forme que loin de toi
Dans la douleur du détachement
Libre comme une feuille qui trouve
Dans sa chute une part d’éternité


L’automne et ses variables d’ambre
Ravivent le feu dans tes veines
Avec leurs vagues sauvages de musique
Répercutée sur l’univers
Le chant du monde recommence
Sur la peau vibrante de chaque instant

Te projette ravie vers l’éclair aux mille visages

Elaine AUDET

10/09/2006

Un cadeau

Fière, vous ne voulez jamais rien recevoir
Que des fleurs, et des plus simples, des amarantes,
Des lilas, des oeillets, des roses odorantes,
Toutes choses qu'on peut trop aisément avoir.

Je vous offre pourtant, pour remplir mon devoir,
Le cadeau que voici. Ce ne sont pas des rentes,
Mais quelques fins tableaux d'époques différentes
Que vous accrocherez dans votre bleu boudoir.

Je les ai fort soignés pour qu'ils puissent vous plaire.
Le dessin en est pur, la couleur en est claire.
Ce sont de tout petits quadros de chevalet.

Si toutefois vous y trouvez des choses sottes,
Que le dessin soit gauche ou que le ton soit laid,
Vous en pourrez aussi faire des papillotes.

Jean Richepin 1849-1926

09/09/2006

Dans le silence

Dans le silence,
Le bateau dort
Et, bord à bord,
Il se balance.

Seul, à l'avant,
Un petit mousse,
D'une voix douce,
Siffle le vent.

Au couchant pâle
Et violet
Flotte un reflet
Dernier d'opale.

Sur les flots verts,
Par la soirée
Rose et moirée
Déjà couverts,

Sa lueur joue
Comme un baiser
Vient se poser
Sur une joue.

Puis, brusquement,
Il fuit, s'efface,
Et sur la face
Du firmament,

Dans l'ombre claire
On ne voit plus
Que le reflux
Crépusculaire .

Les flots déteints
Ont sous la brise
La couleur grise
Des vieux étains.

Jean Richepin 1849-1926

Ma poésie est vive comme le feu

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.

Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini

07/09/2006

Une vie

Une vie , mille choses.
La beauté d'une rose.
Un parfum, une odeur,
Un sillage de bonheur.
Le doux chant d'un oiseau,
Sur la branche, un moineau.

Une vie, mille pleurs.
La rosée sur les fleurs.
La pluie sur les carreaux,
Une larme ,de l'eau.
Une épine, un tourment,
Quelques gouttes de sang

Une vie, mille rires,
De l'espoir ,du désir.
Un rien , une merveille.
Un petit goût de miel.
Un ciel bleu ,du soleil.
Un reste d'arc en ciel.


Cette vie , c'est ma vie.
Ma vie,je t'aime.

Marie 27 08 2006

Récession lumière

j'habite un peuple qui ne s'habite plus

 

corons et champs coupés terre la terre craque
ses locos de silence et de gel
les nuages déraillent pleins du vide brouillard d'homme


milliers d'hommes milliers de chemins gris et noirs
milliers de voyages
corbillards les corbillards tout le long traînent l'absence

 

à l'envers des terrils le charbon et l'amour
mouillent la cascade des sanglots gris et noirs

 

je marche sur terre qui marche sur ses pas

 

voir sous l'armée de tuiles les maisons s'écraser de sueur
geindre la pluie et la boue du canal des trottoirs
et voir crever quelquefois d'étranges nuages en fumées


pour celui qui aime l'ombre des racines
il n'y a que l'espace et le gel
pour répéter le cri de la terre
droguée de cryptes sans châteaux ni espoir

 

il ne reste plus que les wagons gris et noirs
sur les bras tendus des arbres des hommes

 

j'habite un peuple qui ne s'habite plus
aux dents d'accordéons morts d'avoir trop gueulé
la force d'un ciel en pèlerinage
comme le blason du givre et de l'argent
pareil au sommeil des vieilles
qui tuent leurs souvenirs face aux fenêtres sales

 

je sèmerai les yeux et l'amour
pour qu'ils germent la lumière
au ras des maisons folles

 

mais la terre s'écroule sur la terre
et je récolte un poème gris et noir.

 

Ludovic  Kaspar

06/09/2006

Un enfant précoce

Une lampe naquit sous la mer.

Un oiseau chanta.

Alors, dans un village reculé,

Une petite fille se mit à écrire,

Pour elle seule,

Le plus beau poème.

Elle n'avait pas appris l'orthographe.

Elle dessinait dans le sable

Des locomotives

Et des wagons pleins de soleil.

Elle affrontait les arbres gauchement,

Avec des majuscules enlacées et des cœurs.

Elle ne disait rien de l'amour,

Pour ne pas mentir.

Et quand le soir descendait en elle,

Par ses joues

Elle appelait son chien, doucement,

Et disait

"Et maintenant cherche ta vie."

 

René Guy Cadou  1920-1951

Déjeuner du Matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

Jacques Prévert

Les vents effilochent......

Les vents effilochent
La mantille des marées,
Déchirent leur tourment
Aux rochers des nuages
Et posent frissonnant
Dans le berceau des arbres
L'hologramme diaphane
D'une cape arrachée
Par un oiseau hâtif
A l'étau de la terre.

Jean-Marie Rohé

05/09/2006

Paris at Night

Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras

Jacques Prévert

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique