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21/09/2006

le brouillon détruit

Cornelis Gijbrechts
"quodlibet"
1630-1675
Belgique

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Maintenant, le brouillon détruit
attentif, tu gardes en toi
la phrase pure de scolies
unique en son noir intérieur
étayée de son propre poids,
toute seule, paupières closes,
qui pèse sur le papier nu
comme un dôme sur le ciel vide.


Ossip Mandelstam
1891-1938
décédé dans un camp de déportation,
quelque part, près de Vladivostok, en Sibérie

20/09/2006

Quincaillerie

Dans une quincaillerie de détail en province
des hommes vont choisir
des vis et des écrous
et leurs cheveux sont gris et leurs cheveux sont roux
ou roidis ou rebelles.
La large boutique s'emplit d'un air bleuté,
dans son odeur de fer
de jeunes femmes laissent fuir
leur parfum corporel.
Il suffit de toucher verrous et croix de grilles
qu'on vend là virginales
pour sentir le poids du monde inéluctable.

Ainsi la quincaillerie vogue vers l'éternel
et vend à satiété
les grands clous qui fulgurent.

Jean Follain
1903-1971

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photo prise par Héléne .....et "volée" sur son blog ..
merci Hélène ....natureetsaveurs.blog50.com/


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Carte postale ancienne de la quincaillerie de Vatan (Indre)
pret de Hubert et Marie France que je remercie ...
hubertdeliniez.blog50.com

Leurs blogs sont vraiment très sympa ...cliquer sur les liens pour les visiter..

19/09/2006

Le silence

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Le silence est l'âme des choses
Qui veulent garder leur secret .
Il s'en va quand le jour paraît ,
Et revient dans les couchants roses .

Il guérit des longues névroses ,
De la rancune et du regret .
Le silence est l'âme des choses
Qui veulent garder leur secret .

A tous les parterres de roses
Il préfère un coin de forêt
Où la lune au rayon discret
Frémit dans les arbres moroses :
Le silence est l'âme des choses .

Maurice Rollinat
1846-1903

John Henry Fuseli
1741-1825
Angleterre
"Silence" 1799

18/09/2006

D'où vient cette tendresse ?

D'où vient cette tendresse ?
Ces vagues ne sont pas les premières
que j'ai posées tout doucement
sur d'autres lèvres
aussi sombres que les tiennes.

comme les étoiles apparaissent
puis disparaissent
(d'où vient cette tendresse ?)
tellement d'yeux sont apparus
puis disparus devant les miens.

aucune chanson dans l'obscurité
de mes nuits passées
(d'où vient cette tendresse ?)
ne fut entendue comme présentement
à même les veines du chanteur.

d'où vient cette tendresse ?
et qu'en ferais-je, chanteur
jeune et espiègle qui passe
toute personne a les cils
aussi longs que les tiens.

Marina Tsvetaeva - 1916

17/09/2006

Ce qui se passe sous la terre

Ce qui se passe sous la terre,
Au nadir lointain ?
Penche-toi près d’une fontaine,
Près d’un fleuve
Ou d’une source :
Tu y verras la lune
Tombée dans un trou,
Et tu t’y verras toi-même,
Lumineux et silencieux,
Parmi les arbres sans racines,
Et où viennent des oiseaux muets.

Jean-Joseph Rabearivelo
1901-1937

15/09/2006

Guitare

Je sais rouler une amourette
En cigarette,
Je sais rouler l'or et les plats !
Et les filles dans de beaux draps !

Ne crains pas de longueurs fidèles :
Pour mules mes pieds ont des ailes ;
Voleur de nuit, hibou d'amour,
M'envole au jour.

Connais-tu Psyché? - Non ? - Mercure ?...
Cendrillon et son aventure ?
- Non ? -... Eh bien ! tout cela, c'est moi :
Nul ne me voit.

Et je te laisserais bien fraîche
Comme un petit Jésus en crèche,
Avant le rayon indiscret...
- Je suis si laid ! -

Je sais flamber en cigarette,
Une amourette,
Chiffonner et flamber les draps,
Mettre les filles dans les plats !

Tristan Corbière
1845-1875

14/09/2006

On dirait une fleur

On dirait une fleur. Ce n'est pas une fleur.
On dirait une brume. Ce n'est pas une brume.
Cela vient à minuit.
Cela part au matin.
Cela vient comme un rêve de printemps
qui s'efface au réveil
Cela vient comme un nuage du matin.
Vous ne trouverez cela
nulle part.

Po Kyu-Yi (772-846)

12/09/2006

Les ajoncs éclatants...

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;
Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume;
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l'Océan s'unit.

Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

José Maria de Heredia

La musique

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La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Charles Baudelaire 1821-1867

L'étranger

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est
resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas...
là-bas... les merveilleux nuages !

C.B 1821-1867

 
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