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18/06/2006

Valadon : de la belle époque à "la trinité maudite"

Qui aurait cru en 1883, que la savoureuse jeune femme du tableau La Danse à la Ville d'Auguste Renoir, n'allait plus quitter l'art jusqu'à la fin de sa vie et qu'elle allait mener une vie aussi stupéfiante que troublante.

A part Auguste Renoir, elle fut également modèle de Puvis de Chavannes, de Toulouse-Lautrec et d'autres. Lautrec, en fit l'héroïne d'une de ses toiles : le cirque.
C'est Lautrec, avec qui elle eut une liaison pendant deux ans, qui lui dit un jour:- Toi qui poses nue pour les vieillards du devrais t'appeler Suzanne."

Le 26 décembre 1883, elle donne au monde un fils, Maurice Valadon, dont le père resta à jamais une énigme. Fils qui un jour allait devenir un certain Maurice Utrillo.
En 1891, le journaliste et peintre espagnol Miquel Utrillo y Molins le reconnait, mais, malgré cette paternité plausible, beaucoup d'autres noms sont avancés, notamment celui de Boissy, chansonnier du " Lapin Agile " et de Puvis de Chavannes.
Cependant, elle ne quitta pas l'atelier, changeant seulement de place pour se tenir de plus en plus souvent devant le chevalet.
Hélas, comme toutes les choses éphémères, la fraîcheur de sa beauté flétrit et Suzanne Valadon, ex modèle convoité, chercha sécurité d'une vie bourgeoise et en 1896 épousa Paul Mousis, fondé de pouvoir. Celui-ci accepta qu'elle soit mère d'un garçon né en 1883.

Bien des années ont passé depuis. On est en 1909. A présent, elle se rend chaque jour à son atelier, 12, rue Cortot, dans sa charrette attelée d'un poney pour se consacrer entièrement à la peinture et au dessin. Une peinture difficile à classer. Malgré les dessins inspirés de Degas, (Jeune fille agenouillée dans un tub) et le choix de coloris souvent proche de Gauguin (Adam et Eve) son tempérament est d'abord celui d'un expressionniste "léger" (Portrait d'Eric Satie). "le peintre à la tomate" disait alors A. Renoir......

Si au temps de sa jeunesse la fraîcheur de sa beauté avait provoqué maints soupirs, celle-ci flétrie, son tour vint de s'éprendre de la jeunesse. Elle tomba amoureuse d'un séduisant garçon, qui portait la salopette comme Picasso, mais, à la différence de celui-ci, qui affichait ainsi son non-conformisme, lui ne portait que l'habit de sa profession. Ce jeune électricien de la sous-station de l'avenue Trudaine, qui parlait avec fascination des illuminations qu'il déclenchait sur la Butte lorsque le soir il branchait le courant, se nommait André Utter.

L'histoire suivit son cours. Un soir, à la Butte Pinson, où il avait été envoyé par ses parents pour se refaire une santé secouée tellement à force de faire la noce qu'il s'était vu réformer au conseil de révision, Utter rencontre sur la route Utrillo incapable de regagner seul sa maison. Compatissant envers l'ivrogne, il le soutient jusqu'à sa porte où Suzanne Valadon, apprenant qu'il est peintre, lui fait un gentil accueil.

Quelque temps après, passant un matin rue Cortot, Utter est interpellé par une femme penchée à une fenêtre. Suzanne Valadon l'ayant reconnu l'invite à monter la rejoindre. C'était juste pour faire son portrait... puis elle le fit poser nu pour un " Adam " ! Ainsi Utter devint membre de la fameuse "trinité maudite" (Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et André Utter) connue ensuite par ses excentricités autodestructives qui choquaient l'entourage.

Malgré l'influence très stimulante qu'Utter exerce sur l'art de Valadon qui va gagner incontestablement en autorité, leurs scènes de ménage, à la limite de la folie, sont racontées dans maintes anecdotes.

Galanis (1) parle d'une façon intarissable du trio tragique :
Je passais mon temps, dit-il, a rabibocher Valadon et Utter, et ensuite Valadon venait me faire des reproches parce que je m'y étais mal pris... Ah ! il s'en est passé des choses à cet endroit !

Heuzé (2) se souvient aussi comment Utrillo, peintre "malgré lui", n'avait tiré que le mauvais parti de la réussite de ses tableaux. Très vite, il devint "la vache à lait" de sa mère et de son beau-père:

"Parfois, Suzanne Valadon demandait aux gosses jouant dans la rue :

N'avez-vous pas vu Maurice?
- Oui, tout à l'heure, il était rue Norvins.
- Allez donc voir s'il n'y a pas une peinture de lui...
Et les enfants rapportaient la toile comme ils auraient rapporté des oeufs."

Les différents succès artistiques des membres de la "Trinité" qui exposent souvent ensemble ne va nullement arranger les choses. Même aux moments où Valadon jouit d'une indubitable réputation, comme si elle voulait se venger d'une vie qu'elle ne maîtrisait pas, ces excès ne feront qu'empirer. Les hauts et les bas d'une existence plus que tempétueuse font diminuer peu à peu la flamme de sa bougie. Le dernier souffle vient de son "Adam" qui l'abandonne.

Les souvenirs de Naly (3) des derniers jours de la danseuse de La Danse à la Ville sont bouleversants.
"Utter, dit-il, qui était parti vivre rue Cortot un nouvel amour, m'avait demandé de m'occuper de Suzanne. Il en avait plein le dos du cirque de l'avenue Junot... Ainsi pendant des mois, j'allai tous les soirs coucher chez Valadon. Coucher, est une façon de parler. Cette petite femme, toute en nerfs, ne dormait pas. Elle me tenait éveillé la nuit durant, parlant peinture avec une passion jamais ralentie. Par exemple, elle prenait un album sur l'art vénitien et elle analysait avec une pénétration et une lucidité extraordinaires la technique du Titien. ou du Tintoret. Elle m'a tout appris.

Mon rôle consistait à l'empêcher d'aller ramasser les clochards de la Butte qui lui servaient à apaiser l'incendie permanent de ses sens... et qui repartaient en emportant des dessins de Degas."

1- Galanis, dessinateur, graveur et illustrateur d'origine grecque. Vécue plus de cinquante ans à Montmartre.
2- Edmond Heuzé fut compagnon de classe d'André Utter, élève de Suzanne Valadon et professeur à son tour de son fils Maurice Utrillo. Homme de mille métiers, entre autre a dansé au Moulin-Rouge avec La Goulue et a fait des exhibitions de claquettes au Monico pour terminer sa carrière comme professeur aux Beaux-Arts et membre de l'Institut! Edmond Heuzé fut également l'élève de Suzanne Valadon.

3- Nely, Suisse d'origine, ami de Utter, avec Gen Paul l'une des figures les plus célèbres des derniers jours de Montmartre. Lucide et ennemi de l'affabulation il a assisté au mariage bouffe d'Utrillo, ainsi qu'aux derniers jours de Suzanne Valadon et d'Utter.

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